L’avancement en entreprise
Comme j’ai déjà pu le décrire vaguement précédemment, la culture du travail au Japon est très différente de celle que nous connaissons. J’ai déjà parlé des heures supplémentaires, de la sieste très longue de certains collègues, des séances de sécurité mensuelles, mais je n’avais pas encore vraiment parlé de l’avancement dans la hiérarchie. Bien entendu, tout ce qui suit concerne mon entreprise Hitachi, qui est jugée un peu vieillotte dans ses méthodes, par rapport au reste du Japon je crois.
Très étrangement, chez Hitachi, que vous ayez fait un doctorat ou un simple diplôme, vous avez le même statut lors de votre entrée en entreprise. En bref, même si vous avez un superbe background académique, vous serez mis à l’essai durant 2 ans. C’est-à-dire que durant 2 ans, vous n’avez aucune chance de promotion et vous vous occupez de vos petits projets, souvent seul (le travail en équipe n’existe de toutes manières pratiquement pas ici).
A la fin des 2 ans, c’est le grand jour J. Vous devez présenter vos 2 ans de travail en 15 minutes à tout plein de supérieurs hiérarchiques et, comme à un examen à l’université, vous êtes jugé, évalué. C’est parait-il le jour le plus important de votre carrière. En effet, c’est ce jour-là que sera décidé si vos patrons garderont une image positive ou non de vous, si vous pourrez ou non grader et monter les lentes marches hiérarchiques de l’entreprise.
Un de mes collègues doit faire cette présentation cette semaine, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il stresse totalement. Tous les collègues passent à sa place de travail pour l’aider et le conseiller. Il à l’air terrifié et totalement insomniaque (je compatis un peu, mais il me fait quand même bien rire). Le pire de tout, il me semble, c’est que ça fait une semaine qu’il prépare sa présentation Power Point. Ce n’est donc pas le contenu qu’il améliore, en faisant une nouvelle expérience en labo ou en avançant dans son travail, mais c’est purement la forme, les couleurs et le texte de sa présentation. Il a des simulations de présentation tous les jours avec des collègues plus expérimentés qui le conseillent et ainsi de suite.
J’ai déjà stressé pour mes examens ou projets à l’EPFL, mais je crois ne jamais avoir autant cherché la perfection. Comme un collègue m’a dit, “Un mot un peu bizarre dans la présentation et ta carrière peut être perdue”. Je trouve ça vraiment bête de juger quelqu’un sur 15 minutes et de mettre tant de pression sur finalement si peu de choses. Bon, bien entendu, ses patrons vont aussi apporter leur évaluation sur son travail au quotidien et ca m’étonnerait vraiment que les auditeurs soient si sévères. De toutes manières, comme l’avancement dans la hiérarchie est totalement exclu avant au minimum 35 ans, il devrait relativiser je trouve (et encore, c’est normalement plus tard)… La seule question est: Pourquoi a-t-il fait un doctorat si c’est pour passer à travers tous ces obstacles?? Faudra que je lui demande un de ces jours…
PS: Je ne donne plus énormément de nouvelles, car je suis très occupé à chercher du travail. En effet, pour ceux qui ne le savant pas encore, je compte rester au Japon, même après la fin de mon stage (début avril). Dans une période très difficile (Hitachi a annonce 7000 licenciements la semaine passée), je tente donc de trouver l’impossible (un emploi pour un type ne sachant pas vraiment la langue parlée dans l’entreprise). Si vous avez des idées quelconques, hésitez pas à me les envoyer! (non, non, c’est exclu que je me prostitue, même pas la peine de me le proposer!!)
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12 Février 2009 à 20:04 dans
- Choc culturel , Hitachi
