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Petit Grégory au Japon

Vacances d'été

Comme chaque année, les entreprises japonaises ferment durant une semaine du mois d’août et on bénéficie ainsi de vacances d’été. C’est une semaine remplie de fêtes et festivals, dédiés aux personnes décédés (O-Bon). Comme la plupart des entreprises ferment en même temps, il est nécessaire de s’y prendre à l’avance pour planifier ses vacances, puisque les hôtels et les trains sont pleins. Une grande partie de mes collègues que j’ai questionnés profitaient de ces vacances pour retourner chez leurs parents, dans leur région d’origine. Il y en vraiment peu qui partent en voyage et aucun ne partait à l’étranger.

Quant à moi, j’ai profité pour me reposer de mon dur labeur en visitant des endroits peu connus du Japon. En effet, je suis allé au nord du Japon, visitant plusieurs villes et régions reculées, peu connues (même des Japonais). Mon but était également de faire un peu de marche, afin de voir si je suis encore capable de marcher une heure ou deux sans faire une crise au bord de la route.

Je suis parti très tôt le premier jour, destination Nikko. C’est une ville très connue au Japon, abritant les sanctuaires des Tokugawa (du Shogunat que vous connaissez certainement, n’est-ce pas ?!). C’était une famille puissante, qui construisit des temples et autres mausolées à Nikko, faisant de cette petite ville une sorte de « capitale spirituelle » du Japon d‘il y a 400-500 ans. La ville se trouve au milieu de montagnes et forêts, ce qui change beaucoup du paysage futuriste de Tokyo. Les sculptures sur les portes et temples sont vraiment impressionnantes et plus belles que celles vues auparavant à Tokyo ou ailleurs. L’une d’elle était un must touristique à elle seule puisque les gens payent 3 CHF et font la queue en plein soleil pour la prendre en photo. C’est une sculpture d’un chat qui dort. Selon mon guide, la signification de ce chat qui dort est que le temple a été débarrassé des souris. Bref, j’ai aussi bêtement fait la queue et pris de multiples photos de ce chat dormant, sans vraiment comprendre ce qui le rendait si sublime et intéressant. Bref, un touriste prend en photos ce qu’on lui propose, non ?

  

 

Ensuite, j’ai reprise le train, qui m’a mené à Tsuruoka, une ville de 130'000 habitants (un village campagnard selon les normes japonaises). La ville se trouve au pied de 3 montagnes sacrées, c’est-à-dire comportant des temples et où des pèlerins habillés tout en blanc gravisse les sommets en colonne bien rangées. J’ai rapidement abandonné l’idée de gravir les 3 sommets en 3 jours, puisque les bus les séparant étaient très peu fréquents. J’ai donc finalement été seulement au premier sommet, que l’on atteint en gravissant plus de 2'000 marches d’escaliers. Je serais bien allé à un des deux autres sommets, vu le descriptif de l’office du tourisme. C’est un gros rocher rouge, à propos duquel on n’a pas le droit de parler si on l’a vu. Ainsi, un poète l’a gravi et a écrit en rentrant :

« Je ne peux pas parler de ce que j’ai vu, mais regarder mes joues toutes mouillées de mes larmes. »

Bon, ça me semble un peu exagéré, car après le premier sommet, je ne me suis pas senti particulièrement purifié. Mais bref, j’ai profité de mon retour rapide en ville pour aller au festival organisé ce jour-là. Le festival n’était pas particulièrement attractif et j’ai bien retrouvé une ambiance campagnarde. Ca ressemblait à une fête de village, sans les cantines et les bars… (difficile à imaginer, n’est-ce pas ?!). Je me suis finalement assis au bord de la rivière, près des échoppes pour manger et boire quelque chose en attendant le défilement des lumières sur l’eau, représentant les morts. Cependant, un groupe de Japonais, ayant peut-être pitié de me voir seul m’on invité à leur table. Ils avaient tous la quarantaine et j’ai encore pu goûter au sens de l’hospitalité légendaire des Japonais. Ils m’ont offert des bières jusqu’à que j’arrive plus à les compter et m’appelait Michael Phelps (c’est pas que j’aime pas être comparé à un multiple champion olympique, mais je trouve qu’il a des trop grandes oreilles pour être comparé à moi…). Retour à l’hôtel sous la pluie, imbibé et à 21h20… Et oui, j’ai fait la fermeture du festival (ils rangeaient tout lorsque je suis parti), mais la fermeture des fêtes au japon se font environ 12h avant celle des fêtes en Suisse.

  

 

Le lendemain, je reprends différents trains pour aller visiter une autre montagne sacrés, Yamadera. Le même principe : On gravit des centaines de marches, entouré de temples, d’effigie de différentes figures sacrées et de gens qui prient au milieu de la nature escarpée… Ca vous fait aussi penser au Valais cette description ?? Sauf qu’ici, ils prennent la religion un peu plus à la rigolade, priant seulement lorsque l’on a un vœu spécial (amour, réussite d’examens, santé). C’était un peu moins impressionnant que ceux du jour d’avant et je pense que le paysage doit être bien plus joli en hiver, sous la neige.

 

 

Le même jour, je me rends à Sendai, la plus grande ville de la région (1 million d’habitants). Première surprise : la femme à la réception s’est trompée et je n’ai pas de chambre, je dois dormir en dortoir, c’est-à-dire en partageant ma chambre avec deux Japonais. Ca s’est pas trop mal passé, malgré que l’un d’entre eux fût un ronfleur de bon calibre. Bref, le lendemain, je pars à la découverte des îles environnantes, Matsushima. Matsushima veut dire « les îles de pins ». C’est en effet de toutes petites îles pleines de pins (des arbres quoi !). Comme tout coin touristique au Japon, il est également rempli de temples, ainsi que d’un temple de l’amour, sensé offrir la chance et le bonheur aux couples se rendant sur ce temple.

   

 

Un petit parcours en bateau pour découvrir les îles, mais surtout pour voir que l’on peut donner à manger à des mouettes, en plein vol (elles viennent prendre les chips qu’on leur tend dans la main) ! Retour à Sendai, petite visite de la ville et de sa promenade du château. Je m’attendais à voir un château à la « promenade du château » , mais il y en a pas, puisqu’il a été détruit il y a longtemps. Sinon, la ville est une ville ressemblant à toutes les villes du Japon, avec une immense rue marchande, une rue de banques et bureaux, un centre historique et des temples à gauche et à droite.

  

 
Ce fut une bonne semaine, malgré le mauvais temps. J’avais préparé un plan chargé, puisque j’ai finalement dormi que 3 fois à l’hôtel pour visiter tous ces différents endroits. J’ai bien pu découvrir une région du Japon peu connue, mais encore très traditionnel. Cependant, je trouve que parfois ça manque un peu d’originalité, puisque les endroits touristiques sont surtout constitués de temples ou autels. Un peu de mosquées ou de synagogue ne feraient pas de mal parfois !! toutes les photos se trouvent dans le dossier Vacances d’été, dans Voyages. Vous pourrez y voir le buddha de mes rêves (en bois), que j’ai toujours voulu installé dans mon salon (le jour où j’aurai un salon…).

 


Le dortoir

Apres un bon mois dans mon nouvel environnement, je trouve enfin le temps de decrire mon doux dortoir. Vu que les dortoirs d'étudiants ou d'entreprises n'existent pas en Suisse, vous devez certainement vous demander à quoi ressemble un dortoir japonais. Non, ça ne ressemble pas une cabane de montagne, non, on ne dort pas tous dans la même salle. J'ai une chambre pour moi tout seul. Bon, faut dire qu'elle est tellement petite que l'on pourrait difficilement en caser deux comme moi dedans. Elle est constituée d'un lit et d'un tout petit bureau, ainsi que de quelques armoires. Pas de télévision, ni de frigo et encore moins d'eau courante ou de piscine.

 

 Comme vous le voyez, le bordel qui caracterisait ma chambre en Suisse m'a poursuivi ici...

Mais où te douches-tu me demanderez vous!! Eh bien, je me douche dans la rivière, située à l'arrière du bâtiment. Ca peut paraître bizarre, mais on s'y fait. Il y a une caisse de savon, où on peut se servir et se laver dans le plus simple appareil dans la rivière. Le même tronçon de rivière doit être partagé avec les 3 autres maisons proches du dortoir. C'est sympa, on peut converser de tout et de rien tout en se lavant et ainsi connaître nos voisins.

Ce qui est dommage, c'est que je ne saurai jamais ceux qui ont cru les quelques lignes qui précèdent... Et je suis sûr qu'il y en a!! Oseront-ils se dénoncer??

Non, en réalité, on a une salle de bain en commun, où on a accès à des lavabos et des toilettes. Les toilettes sont "turcs" pour deux d'entre elles, alors que deux autres sont normales (OUF!!). 

Ensuite, les douches, sont de styles japonaises. Pour ceux qui suivent mal le blog, ce sont des douches où l'on s'assied et on s'admire dans un miroir tout en se lavant. Finalement, c'est assez confortable et je m'y suis bien fait. Quoique étant assis, il y a un endroit que j'ai de la peine à laver... Je ne vous en dis pas plus...  Sinon, à côté des douches, il y a même un grand bain où l'eau vous brûle au premier degré et où l'on est censé se retrouver en groupe et refaire le monde. Mais bon... j'y ai fait un ou deux sauts, mais on parle rarement dans les douches. Petite précision concernant les bains japonais: Il faut être absolument propre quand on y entre (donc après la douche) et on se rince encore en sortant. C'est pour garder l'eau propre (même le savon y est interdit). Ce n'est donc pas un bain où on peut se moucher dedans, se savonner allégrement le dos ou amener des petits canards en plastique...

 Bien entendu, lorsque j'entre dans mon dortoir, je dois veiller à retirer mes souliers et mettre des "schlarks" (flip-flap). On ne marche pas en souliers à l'intérieur des maisons japonaises. Bon, moi, je vogue pieds nus ou en chaussettes, vu que je n'ai pas trouvé de pantoufles à ma taille dans ce pays. Et comme le sol est très propre, pas de problème. Et j'ai aucun risque de paraître plus bizarre que ce que je suis déjà dans ce monde uniforme...

En entrant, je dois en plus annoncer ma présence en pressant sur la petite lumière que j'ai présenté dans un article précédent. De plus, avant d'entrer dans ma chambre au 3ème étage, je dois presser sur un bouton à l'entrée, qui me permet d'avoir de l'électricité dans ma chambre et qui allume une petite lampe, annonçant à celui qui est interessé que je suis bien dans ma chambre (voir photos, la petite lampe en haut et le bouton en bas). 

 


 

Niveau repas, je mange dans la cantine du dortoir au déjeuner et au souper, pour la modique somme de 6CHF (pour les deux repas). C'est pas trop mauvais et il y a bien assez. Ca consiste en général de riz et de soupe, ainsi que d'une assiette de poisson, légumes ou autres au déjeuner et de 3-4 petits plats au souper. Je commence gentiment à trouver les portions de riz répétitives, puisque j'en mange 3 fois par jour. Et la soupe aussi...

 

Avant de venir, je m'imaginais le pire au niveau des dortoirs. Finalement, je suis content, car c'est propre et je me suis rapidement installé. C'est clair que c'est pas un palace, mais ça me suffit largement. En plus, mon patron m'a prêté une télévision pour ces 9 mois, pour améliorer mon quotidien. C'est sympa et j'imagine que je la regarderai quand je comprendrai ce qu'ils disent.... (ce qui est loin d'être le cas maintenant). plus de photos se trouvent dans le dossier "Le dortoir", dans "Sejour à Hitachi".


L'entreprise

Le Japon est très connu pour avoir des horaires de travail chargé. A en croire ce qu’on raconte en Europe sur les Japonais, ils feraient des heures supplémentaires tous les jours, jusqu’à 22h voire plus tard certains jours, sans recevoir de salaires ou de vacances et accepteraient bien entendu tout cela sans râler envers leurs supérieurs, mais bien au contraire, en le révérant et en le tenant comme une âme supérieurement intelligente, prêt à bosser durant leurs jours de congés pour lui faire plaisir. Un peu grotesque cette caricature me direz-vous…

Sauf que c’est entièrement vrai. Les Japonais trouvent effectivement que 2 heures supplémentaires par jour c’est trop peu. De plus, ils ne râlent jamais, ne discutent jamais les décisions du patron et franchement, j’ai parfois l’impression qu’ils ont perdu tout sens critique. Si en Suisse, on râle parfois simplement pour le plaisir de râler, au Japon, on ne critique jamais quelque chose où une entité supérieure pourrait être touchée (patron, gouvernement,…).

J’ai parfois l’impression d’être entouré de fourmis, tout droit sorti de l’imagination de Georges Orwell. Faut dire que s’ils n’utilisent pas Big Brother, on est tout de même sous une forte surveillance. En effet, comme beaucoup d’employés vivent dans un dortoir (ou dans des appartements partiellement payés par l’entreprise), ils peuvent savoir ce qu’on mange, si l’on découche, ce que l’on envoie à nettoyer et peuvent même entrer dans notre chambre si ils en ressentent le besoin (ou dans les douches pour voir notre zizi… mais bon, là je m’écarte un peu du sujet).

Je sais, je suis un peu parano, mais c’est une ambiance très bizarre. Surtout, qu’une fois le travail terminé, on sort entre collègues ou on va faire du sport dans un centre sportif, appartenant à l’entreprise, voire faire d’autres activités, organisées dans le cadre de l’entreprise. Bref, tout partout où je vais et quoi que je fasse, je peux voir des collègues et des « HITACHI » sur les bâtiments où je me rends et sur tout appareils électroniques de la ville (stéréo, télévision, même des meubles). De plus, on se retrouve toujours avec des membres de l’entreprise, des supérieurs ou autres. Même si ils sont très sympas, je suis bien content de fuir parfois à Tokyo pour me retrouver hors de la bulle Hitachi.

Vous allez dire que tout le monde peut parfois se retirer dans sa vie privée pour oublier le travail. Sauf que si on se retrouve à faire 12 heures ( !) de travail par jour et que l’on doit encore en plus sortir avec nos collègues (certains considèrent ces sorties comme des heures supplémentaires), notre vie privée est très faible. Il y a beaucoup de chances que le conjoint et les possibles enfants soient déjà couchés. De cette manière, on connait très peu sa famille et on lui parle très peu (une blague japonaise dit que les enfants demandent à leur père qu’ils n’ont pas reconnu « à quelle heure rentre papa ? »). La vie en famille est donc souvent très pauvre.

En outre, comme au Japon, le salaire est basé principalement sur ton ancienneté dans l’entreprise plutôt que sur tes compétences, on reste en gros toute sa vie dans la même entreprise. Donc, on ne sort jamais de cette « bulle » et la vie est très centrée sur l’entreprise, plutôt que sur sa vie privée. Les Japonais ont peu d’amis et c’est généralement des collègues de travail (voire des amis d’enfance, de l’école ou de l’université). C’est un grand choc culturel, mais il semble que la jeunesse nippone est en train de modifier les mentalités… à suivre donc.

Quant à moi, je tiens à vous rassurer, je ne fais pas une minute supplémentaire, je lis le journal au travail (les journaux suisses ne sont pas bloqués par le système de l’entreprise) et je parle au patron plus ou moins de la même manière que je parle à mes autres collègues, c’est-à-dire poliment, mais sans m’écraser devant son intelligence et son grand savoir. Au dortoir, on a à l’entrée une petite lampe avec notre nom inscrit en-dessous qu’il faut allumer lorsque l’on rentre (histoire qu’ils puissent rapidement contrôler qui est là et qui ne l’est pas… pourquoi, je sais pas…une idée ?). Et bien entendu, tous les jours, j’ai l’honneur d’être le premier à pouvoir illuminer mon nom, mes collègues arrivant parfois seulement vers les minuits…

 


 

 

Des photos de ma belle entreprise dominant la ville se trouvent dans le dossier L’entreprise, lui-même étant dans le dossier Choc culturel.

 


Kamakura

Comme j’ai eu la chance cette semaine de recevoir la visite de ma sœur Mélanie et de Nicolas, j’ai pu leur faire visiter Tokyo (grâce aux deux jours de congés reçus par mon patron, que je salue au passage ! comme si il pouvait lire le français…). Tout s’est bien passé et on a pu en profiter pour visiter Kamakura, une station balnéaire proche de Tokyo. C’est dans cette ville que les Tokyoïtes viennent se reposer le week-end de leur dure semaine (à part quand les heures supplémentaires s’étendent sur le week-end…).

Les principaux intérêts de cette station sont les nombreux temples, une île accessible par un pont et bien entendu les plages.  Vu la chaleur et la fatigue de certains, on a visité seulement deux temples. Mais puisque c’est  un peu comme le château de Chillon (lorsque l’on a vu un temple, c’est comme si on les avait tous vus), ça suffisait pour se faire une idée de la beauté des temples bouddhistes. De plus, les deux temples que l’on a pu voir étaient beaux et assez originaux, puisqu’un immense bouddha de 120 tonnes se trouvait dans le premier et le deuxième avait un beau et grand jardin, avec pleins de statues un peu bizarres…

Suite à une proposition de Nico (il en fait parfois…), on a bu un verre avant de continuer notre excursion à l’île Enoshima. Au sommet de l’île, accessible par des escaliers roulants, on a pu monter sur un phare et profiter de la belle vue. On était censé voir le Mt-Fuji, mais il semble que le smog empêche de le voir durant 364 jours par an.

 

 

Bref, c’est une très belle ville, qui permet de s’échapper de la foule de Tokyo si on en ressent le besoin (pas encore mon cas…). Ce fut un très beau week-end prolongé et on a bien visité, bien rigolé et bien bu. Merci beaucoup ! Plus de photos se trouvent dans le dossier Mél-Nico, lui-même se trouvant dans le dossier Visites de Suisse…